Parmi les achats compulsifs, livres et BD ont pris une belle place, surtout quantitativement parlant. Pour les livres, je me suis mis à relire du Jules Verne par hasard. Parmi ma CD thèque, j’ai deux plaques du Voyage au Centre de la Terre de Rick Wakeman, le talentueux clavier de Yes. Avec deux versions de textes, bien différentes, l’une d’entre elles me rappelant un film vu dans ma jeunesse. Afin de savoir quelle était la "bonne" version, j'ai acheté une version brochée façon Hertzel. Puis il y eut le souvenir de "l'île mystérieuse" en film, baptisé je crois "l'île bleue". Rebelote. En prenant plaisir à relire ces œuvres du temps passé, je me suis plongé à fond dans la recherche, à pas trop cher – faut pas exagérer – mais pas en livre de poche -faut pas déconner non plus. Découvertes pour beaucoup de ces romans, moins diffusés, avec de bonnes et parfois de moins bonnes surprises. L'Homme avait ses qualités, notamment éducatives, mais de son époque il avait aussi les travers, parfois engendrés par la Science, mais pouvant déboucher sur le nauséabond à venir du 20e siècle. Il m'en reste encore quelques-uns à lire.

En dehors de ça, je suis quelques séries de BD, dont quelques-unes concernant l'aéronautique, mon vieux dada de jeunesse remis au goût du jour avec l'intégration de Fabien et de sa gamme dans nos rayons. Sans pour autant me colleter tous les opus militaires: J'ai gardé de mon Service quelques traces et doutes quant à la gent galonnée. En juin 2016, c'est en passant une petite commande que j'aperçois ou plutôt que l'on me propose un titre en rapport avec ma commande (Catalina, mon amour, le tome 2 de Gilles Durance): 1940, et si la France avait continué la guerre? Cela m'accroche, mais la lecture des avis me rend circonspect, c'est très tranché pour ou contre, sans vraie moyenne. Comme il est précisé que la BD est dérivée d'un roman uchronique, je préfère aller à la source, et le bouquin sans image prend place dans ma commande.

J'apprends donc ainsi ce qu'est une uchronie, ou histoire alternative, un exercice de pensée historique très prisé chez les Anglo-saxons sous le vocable de what-if, terme que l'on retrouve d'ailleurs en maquette pour désigner un avion sous une livrée inexistante. A un moment bien précis, baptisé point de divergence, on modifie un évènement historique (par exemple: Grouchy arrive à temps à Waterloo et Napoléon gagne la bataille) et on essaye de deviner ce qui se passera par après, en tenant compte des attitudes des intervenants. Bien sûr, il ne s'agit pas de tout transformer selon ses propres idées, car il convient de garder en tête les contextes et habitudes, tant sociales, culturelles qu'économiques. J'ai récemment lu un ouvrage où les Allemands, en gagnant la bataille de la Marne en 14, devenaient subitement plus gentils, ouverts et généreux que les plus grands démocrates de la période. Joli coup de baguette magique, mais guère convaincant… Ici, l'uchronie est basée sur le travail de nombreux rédacteurs, tout est mis sur le tapis, disséqué pour être ensuite validé. Un vrai travail de groupe, avec des gens pointus dans leurs domaines.

Après avoir dévoré le premier tome (mais lentement, car les explications sont assez pointues), j'ai rapidement acheté le second, tout en prenant la BD. Là, j'ai compris les désaccords des lecteurs. Le dessin est bien en général, mais pas pour les avions qui sont plus caricaturés que fignolés, avec de surprenantes perspectives, entre autres. Franchement, je me sens capable de mieux faire, il suffirait que je retrouve mes cahiers d'école et leurs marges, emplies de Spit, Mustang ou Messer. Mais si je stoppe là le côté BD, je plonge avec délices dans le deuxième ouvrage. Je découvre aussi qu'il existe un site internet (qui n'en a pas? C'est ici!) avec un forum. Ni une ni deux, je m'inscris, sans trop savoir quoi raconter pour me faire admettre. Ah si, j'ai trouvé quelques textes qui m'apparaissent un peu tirés par les cheveux. Dans mon domaine, l'aviation.

S'ensuivent alors quelques échanges, courtois et polis, mais fermes quant aux positions prises à l'époque (j'arrive dix ans après les premiers écrits!), je m'aperçois bien vite qu'il va être nécessaire d'expliquer ce qu'était l'aviation de l'époque, en me servant de mon bagage technique et historique. Mais pour convaincre, il va aussi falloir l'écrire, et correctement. Pendant mes insomnies, fréquentes à ce moment, je songe à ce que je pourrais dire ou écrire. Et une nuit, je vais chercher le PC portable pour le poser sur mes genoux dans le lit, et je commence. D'abord une petite description d'un combat aérien, car je trouvais les résumés très… résumés et peu vivants, en comparaison avec d'autres textes. En parallèle, et afin de voir si j'ai bien compris le processus, je démarre le déménagement des entreprises aéronautiques de France vers l'AFN, dans le contexte uchronique. Ce qui n'avait pas été traité, car on avait visiblement dû confondre l'industrie d'aujourd'hui et celle d'avant, encore très artisanale en 40.

Surprise, mes premiers textes sont bien acceptés par les rédacteurs en chef, même s'il me faut m'habituer au style de l'ensemble. Mieux, on me demande de les compléter. Mes nuits blanches se transforment donc en séances de réflexion ou d'écriture au clavier. Avec parfois des idées absurdes ou rocambolesques, mais que j'inscris sur l'écran, sait-on jamais. C'est ainsi que j'entame un roman dans l'uchronie, décrivant la vie d'un jeune pilote dans cet univers qui n'a pas eu lieu, l'amenant au rôle d'un héros façon Biggles, Buck Danny ou Tanguy. De temps à autre, j'écris d'autres choses, puisant leurs sources dans mes rêves, sans pour autant rester dans LE projet. L'histoire se répète, je suis toujours autant incapable de me fixer sur une seule idée. J'accumule sur mon disque dur les synopsis, qui viennent parfois de mes lectures Vernesques, où je trouve là aussi des inepties qui me font bondir ou sourire, mais qui m'amènent à réfléchir sur des variantes ou extrapolations. Bien sûr, je ne vais pas les révéler ici, mais sachez que j'ai déjà pas mal de matière…

Écrire sur l'histoire de l'aéronautique, même uchronique, nécessite une solide documentation. Celle que j'avais jusque 1986 se révèle bien vite obsolète. Il me faut donc compléter avec du neuf et du moins neuf, parmi les revues qui sont nées après le Fanatique de l'Aviation que je prenais naguère. Mes occupations au quotidien s'articulent alors entre les recherches sur internet, les achats de livres et revues, et l'écriture des textes. S'y ajoute bientôt une autre facette du décor: les maquettes des avions qui peuvent avoir une vie uchronique, à défaut d'avoir pu servir voire même exister au réel. Bloch 157, Dewoitine 551, Arsenal VG33 pour les chasseurs, par exemple. Ou Caudron C.880 dont j'ignorais jusqu'à l'existence! Le hic, c'est que cette quasi non-existence a généré un grand creux, un énorme vide dans la documentation. Quelques photos souvent floues, des bribes de dessins, même les informations en texte ne sont pas toujours d'une grande fiabilité.

D'un autre côté, cette absence de renseignements rend le challenge plus intéressant. On fouine, on cherche. On trouve de temps à autre une pincée de photos, un zeste de dimensions, ou l'inverse. On trouve aussi le travail des prédécesseurs dans ce domaine, la réaction en ce cas variant de l'émerveillement au gros soupir, ce dernier restant hélas en tête du palmarès. Rares sont les collègues professionnels à s'être lancés là-dedans. Il est déjà difficile de sortir une maquette correcte d'un avion connu et reconnu sans se faire taper dessus par une flopée de compteurs de rivets, alors commettre un engin plus furtif que les récents appareils américains… C'est une gageure. D'ailleurs, il n'y a aucun intérêt financier à ce que je le fasse. Ça tombe bien, je vais pouvoir tester mes capacités, mon état physique et moral sur des projets qui n'en sont pas vraiment, même si je sais pouvoir toujours tomber sur des clients encore plus fous que moi. Autre avantage du sujet improbable: Il n'y a aucune contrainte de temps, je peux donc essayer de temps à autre, et laisser tomber quand ça ne veut pas. Et ça ne veut pas souvent, entre les effets de la pharmacopée, les périodes de blues ou les engueulades avec ceux qui ne comprennent pas, et qui débouchent sur un repli encore plus absolu, un ciel interne bien gris même lorsque le soleil brille au dehors.